Château Cormeil Figeac : vin, écologie, et pédagogie !



Cela fait trente ans que la maison Nicolas et le château Cormeil Figeac Magnan marchent main dans la main. Pour « Vins Fins by Nicolas », Coraline et Victor Moreaud, la dernière génération à la tête du domaine, nous racontent le tournant pris par le domaine depuis dix ans pour concevoir un vin plus respectueux de l’environnement que jamais.



Quand le père Moreaud a demandé à ses enfants, Coraline et Victor, de reprendre son château Cormeil Figeac, aux mains de la famille depuis 1940, la sœur et le frère ont d’abord dit non. Elle avait choisi une carrière d’institutrice, lui de paysagiste. Pas question de suivre le schéma des trois générations passées, de s’épuiser à la vigne. Et puis le vigneron est parti à la retraite, faisant réfléchir la fratrie. « Si on y va ensemble, je veux bien reprendre », a lancé Victor. Coraline a accepté. « L’enthousiasme fraternel m’a convaincue », reconnaît-elle.



Révolution au domaine
En 2012, le château passe aux mains du duo, et s’apprête à ouvrir une toute nouvelle page de son histoire. Les premières années, le père leur apprend à faire son vin, et c’est parfois la bagarre. Les jeunes vignerons s’affirment, expriment l’envie d’évoluer avec leur époque, d’aller vers un vin plus « vert ». Du côté du père, on continue à faire ce qui marche. Les deux générations ont parfois du mal à se rencontrer, jusqu’à la « dernière bataille » – la conversion au bio – gagnée par Coraline et Victor. En 2018, Château Cormeil Figeac Magnan est certifié agriculture biologique.



Symbolique, cette révolution au sein du domaine n’est pourtant qu’une première marche. Car, tant qu’à bousculer la tradition au profit de la nature, autant y aller pour de bon : le duo opte pour une stratégie basée sur l’agroécologie. Ainsi, on ne laboure plus rien, on sème, entre les pieds de vigne. Pas n’importe quoi, bien sûr : « Des plantes qui apportent de l’azote au sol, sans faire concurrence à la vigne en étant trop gourmandes en eau », nous explique Coraline Moreaud. Et pour mettre le plan en action, l’ancienne institutrice a une idée brillante : transformer l’opération en projet pédagogique. Le Château participe au programme « Des enfants et des arbres », qui dépêche des classes pour planter 2 000 arbres.



Château Cormeil Figeac Magnan devient alors une référence de viticulture écologique. Pour autant, si ces initiatives s’inscrivent dans la modernité, on sait aussi garder le meilleur de la tradition saint-émilionnaise en matière de vins. Leurs deux références signature, Cormeil Figeac et Magnan Figeac sont issus d’un assemblage de merlot et cabernet franc. S’ils partagent le même terroir, le premier est produit à partir de vignes âgées d’une cinquantaine d’années, avec un élevage d’un an en barriques. « Il est très structuré, c’est un vin de garde, qui a tout l’ADN des vins de Bordeaux ». Le second vient de pieds plus « jeunes », une trentaine d’années au compteur. Son élevage est divisé entre les barriques et les cuves. Il est plus fruité, et se boit plus rapidement.



De la vigne au social
En marge de ses nectars, Cormeil Figeac est un lieu de vie et de partage. Les familles y sont les bienvenues : tandis que les parents dégustent tranquilles, les enfants sont éveillés aux travaux de la vigne et de la cave, via des ateliers. En 2023, les activités proposées aux visiteurs vont s’élargir, avec la conversion d’un demi-hectare à un système de maraîchage en joualles, qui consiste à alterner les rangs de vigne avec des rangs de légumes. On pourra bientôt repartir du domaine avec sa bouteille et son panier végétal.



Enfin, récemment, Victor et Coraline Moreaud ont reçu un coup de fil très attendu, avec une formidable nouvelle à la clé : 200 000 euros leur ont été alloués pour rénover la bâtisse historique dans laquelle ils ont grandi. Objectif ? La convertir en hébergements à très bas prix pour les vendangeurs, qui ne peuvent plus se loger, la faute à des tarifs devenus prohibitifs dans la région. Le reste du temps, touristes et groupes scolaires y auront accès. À l’Éducation Nationale, l’ex-institutrice a préféré le domaine familial. Mais en elle, le feu du partage et de la pédagogie lui est toujours bien ardant. Et il n’est pas près de s’éteindre.